VICTOIRE EZOUAN

LES AGAVES FLEURIES

Et si les agaves en fleurs devenaient le prétexte à un lumineux tour méditerranéen? C’est l’histoire derrière le projet éponyme de la photographe marseillaise Victoire Eouzan.

Photos : Victoire Ezouan

Textes : Aymeric Cattenoz

DYPTIQUES

UN BRIN POETIQUES

La place St Eugène est tout près. Quelques mètres plus loin.

Circuler dans les rues alambiquées d’Endoume, avant de redescendre en ligne tout sauf droite vers la mer et Malmousque. C’est ici, à la galerie Faces, co-ouvert par son conjoint que nous attend Victoire, un café à la main. La jeune femme aux mille projets, qui co-gère le lieu et fait office de curatrice, évoque son parcours, ses expositions.

Sur une table, il y a ce petit livre à la couverture intriguant. “Une auto-édition d’un projet qui me tient beaucoup à coeur : les agaves!

Les pages se tournent et laissent découvrir des dytiques - “un brin poétique”- de photos et de textes, qui dialoguent et composent le déroulé de son projet méditerranéen. Sous forme d’haiku, ces petits poèmes japonais courts, chaque texte ouvre un regard neuf sur les photos d’agaves qui les accompagnent.

En bord de route, au milieu de la garigue, à flanc de mer, les plantes se dessinent dans l’horizon. Grecque, espagnoles, italiennes, françaises, ces agaves qui peuplent le pourtour méditerranéens ne fleurissent qu’une fois par an. Une caractéristique qui constitue le cœur du projet de Victoire.

@victoire ezouan

@victoire ezouan

LES FLEURAISONS

UNIQUES

Monocarpiques, les agaves ne fleurissent qu’une fois dans leur vie, juste avant de mourir. Lors d’un covid passé dans la maison familiale de la cote bleue près de Marseille, Victoire découvre des plantes fleuries inconnues. Un post Instagram plus tard, un inconnu lui en dévoile l’origine : “j’ai la même chose chez moi en ce moment : il s’agit d’agaves qui vont mourir. Juste avant cela, elles fleurissent”.

La nature n’est pas avare de contradictions. Victoire se passionne pour ce baroude d’honneur éphémère et va parcourir la Méditerranée deux années durant, pour photographier les agaves en fleurs.

Elle lance des bouteilles à la mer : ses proches, des moins proches, l’appellent. Les îles de Méditerranés, la Corse, la Sicile, Majorque, aux bords de mer sans fin, représentent un terrain de jeu idéal. Avec son conjoint, Victoire parcourt les iles en voiture, organise même ses vacances en conséquence. L’occasion de parcourir des coins inattendus, de flâner hors des sentiers battus, toujours à flanc de Méditerranée.

Petit à petit, Victoire constitue un corpus qui prend la forme d’une démarche proche de l’archive.

ARCHIVE ET MEMOIRE

Ces fleurs, ces agaves n’existent plus, mais elles sont dans ce livre”. Rendre la beauté de plantes éphémères et oubliées. Des parcelles de nature anodines qui soudain s’épanouissent en apportant poésie et couleurs. Une histoire inconnue, qui portant revient comme une ritournelle, à chaque agave nouvelle.

Sur les photographies de Victoire se dessinent une traversée une et diverse. Impossible de situer chaque endroit sans indication. Les paysages se confondent dans une douce évanescence qui offre à la Méditerranée un portrait marin et rocailleux. Dressées vers le ciel parfois brumeux, souvent bleu azur, les agaves, telles des lointaines cousines, semblent se reconnaitre, malgré la distance.

L’anecdotique et l’éphémère comme terrain de jeu. Et Victoire de capturer sous son objectif le temps présent, dans son élasticité et sa fugacité.

@victoire ezouan

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PLUS LOIN

Le travail de Victoire est à retrouver en ligne

A la Galerie FACES

Sur son site

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