al massrieen
musique moderne à l’égyptienne
un trip
intégral
Ecouter Modern Music, d’Al Massrieen, c’est entrer dans une fête folle, dont on ne ressortira qu’étourdi(e), plus de 40 minutes plus tard.
Autant le dire, cette compilation ultime de la formation égyptienne ne ressemble pas à grand chose de connu. On y flirte avec le psyché tendance Pink Floyd sur Men Awel Deqiqa, on dialogue avec un maître es disco tel Cerrone sur Longa ou on pense au Nino Ferrer de Looking for you sur Mafatshi Leh.
Peu d’albums ont réussi à entreprendre un grand écart aussi maîtrisé, complet et délicieux que celui de la formation menée par le regretté producteur et compositeur Hany Shenouda (au centre sur la photo). La bande que l’on observe sur l’iconique pochette de la ré-issue menée en 2017 par Habibi Funk défie, crânement, les conventions qui sous-entendent qu’en Egypte on ne fait que du chaabi, quand le rock et disco restent des pré-carrés à tendace occidentale. Une bande composée de Eman Younis, Mona Aziz, Tahseen Yalmaz, Mamdouh Qassem, où les duo de voix masculine et féminine se répondent sur le doux et enivrant Betebki Leh, qui passe d’un style à un autre avec une maestria totale.
Une œuvre mythique, mais presque oubliée, remise au gout du jour en 2017 par Jannis Stürz du label Habibi Funk.
JANNIS
ET LES K7
Iconique en Egypte, mais inconnu en France et en Europe. Tout un paradoxe.
Il faudra le flair exceptionnel du toujours juste label Habibi Funk et de son fondateur Jannis Stürz pour que “Les Egyptiens” (dans le texte) connaissent une nouvelle jeunesse et touchent des publics au-delà des rives méditerranéennes. C’est Hany Shenouda qui l’expliquera dans une passionnante interview sur le site Habibi Funk : le cd et le disque ressortis sont un excellent moyen de diffuser leur musique auprès de la diaspora égyptienne et de publics non-initiés.
Modern Music est une compilation, composée par Jannis, à qui Hany a laissé totale liberté :“Ma bibliothèque est à toi”. Shenouda manifestera sa surprise devant les choix proposés par le jeune allemand qui préferera des chansons moins évidentes à certains des classiques du groupe.
Un répertoire connu de tous ou presque, en Egypte, celui d’un groupe précurseur.
LE TRès grand
hany shenouda
Derrière Al Massrieen, il y a donc l’immense compositeur Hany Shenouda. Disparu à l’été 2026, Shenouda avait démarré sa carrière sous les encouragements d’Abdel Halim Afez, excusez du peu. Il rassemblera certains des meilleurs musiciens du pays pour créer un groupe qui privilégiera des harmonies alors peu en vogue.
“Je ne crois pas qu’avant nous, beaucoup d’artistes aient abordé autant de thèmes sociaux”, racontait Hany Shenouda. Car le producteur a une conviction : si une chanson dotée d’une belle mélodie aura forcément du succès. De belles paroles la rendent intemporelle.
Les plus grands paroliers du pays sont convoqués pour leur deuxième album.
Al Massrieen brise les codes et propose quelque chose que personne n’avait entendu auparavant en Egypte. Le groupe ouvrira la voix à nombre d’artistes.
Hany Shenouda, lui, poursuivra son parcours exceptionnel, collaborant avec les jeunes générations, comme ZIAD ZAZA et Tina pour Bahlam Maak, en 2026.