HAJAR AZELL

LA VIE ROMANCée des personnages

L’écriture, oui, mais comment?

Une question, à Tanger, en compagnie de la jeune romancière franco-marocaine derrière Le sens de la fuite et Lettres à une introvertie...

“POUR APPRENDRE à écrire

il faut écrire”

Le plus beau des cafés de Tanger. La vue la plus belle, c’est certain”. Au Café Hafa on boit le thé face à la mer, tout proche de son voisin, le long de rangées toutes tournées vers l’horizon et l’Espagne qui y pointe le bout de son nez, en fonction de la météo.

Notre dernière rencontre remonte à l’époque d’On Orient. La bande dont faisait partie Hajar s’était fait une spécialité, au milieu des années 2010, de parler de culture et de société au Moyen-Orient dans ce merveilleux media éphémère et riche des personnalités et des talents de chacun(e).

Celui d’Hajar, franco-marocaine née à Rabat, réside dans l’écriture. “J’y ai trouvé un espace pour m’exprimer, raconter, partager. Cela a été une première expérience sécurisante”.

Rapidement, elle se sent enfermée dans le format article, passionnant, mais trop court à son goût. Vient alors la nouvelle, qui lui permet de creuser davantage ses sujets. Mais l’oblige à rester à la porte de la complexité.

La révélation survient lors de l’écriture de son premier roman. “Être coincée dans le labyrinthe de l’écriture a été un plaisir immense”, confie-t-elle. Un plaisir et un besoin qui ne la lache pas, jusqu’à la parution de son premier roman en 2021, pour laquelle elle est finaliste du prix Voix d’Afrique. “L’intuition qu’un thème qui nous parle peut exister dans le monde” : c’est ainsi qu’elle relate sa première expérience. Et au-delà de la reconnaissance, l’envie d’écrire, encore et encore. “Pour apprendre à écrire, il faut écrire”.

C’est ça qui me touche profondément.”

Surtout, la jeune romancière a développé un rapport tout particulier aux personnages à qui elle donne vie.

QUAND LES PERSONNAGES Décident

DE LA TRAME DU ROMAN

Tu es pressé?”. Hajar plaisante, mais reste sérieuse. Parler d’écriture avec elle, ce pourrait être sans fin. “L’écriture c’est comme un jeu. Un jeu joyeux et ludique. Tu explores des mondes, des sujets. Tu lances des cordes au lecteur et tu partages tes découvertes”.

L’écriture n’est plus un espace de vérité unique. “J’explore”.

Hajar aime se documenter. Mais uniquement après avoir commencé à écrire. Un processus qui pourrait sembler contre-intuitif, mais qui ravit la jeune femme. “Souvent, la documentation confirme ce que j’avais pressenti dans la construction de mes personnages.” D’ailleurs, ces personnages, ils vivent leur vie. Voila, une option que l’on n’avait pas envisagé. Ou très peu. Un personnage qui décide lui-même de ce qui lui arrive. “Je laisse les clés du roman aux personnages, qui vont décider de l’intrigue”.

“lacontradiction

C’EST CE QU’IL Y A DE PLUS HUMAIN”

Hajar regarde le ciel qui s’empourpre à mesure que grimpe le vent de la soirée. La contradiction est un sujet passionnant. Ecrire, sans totalement maitriser. Equation nouvelle et passionnante. “La contradiction, c’est ce qu’il y a de plus humain”.

Des compagnons d’écriture avec lesquels elle vit. “Je les fréquente longtemps”. Hajar croque son carnet des personnages. Elle les imagine dans des scènes et des lieux différents. “Cela me permet de les connaître assez pour écrire”. Les questions sont multiples, elle dresse la trame qui parcourt chacun de ses romans. Les personnages lui restent parfois mystérieux. Il lui est alors difficile de les quitter sans les comprendre totalement. “Peut-être est-ce au lecteur de le faire”, se dit-on.

Qu’est-ce qui fait que deux personnes se rencontrent. Qu’est-ce que cette rencontre produit pour chacune d’entre-elles?

La nuit est tombée. Direction chez Hassan, manger du poisson grillé et des crevettes pile-pile. La chaussée est remplie. Il y a de l’attente. On pense au prochain roman d’Hajar. Aux routes innatendues que nous ferons prendre son intrigue. On pense à l’écriture. Cette magie des mots, propre à chacun, auteur comme lecteur. Puis, dans une pirouette, alors que la table se libère : “J’aime le mystère que chacun garde en lui”.

ALLER

PLUS LOIN

RETROUVER L’ACTUALITE D’HAJAR AZELL