laadra
mode et héritage marocain
En 2015, Mouad Ladraa lance en autodidacte sa marque éponyme.
Au croisement de la mode, de la création et de la tradition, il incarne la jeune génération des stylistes marocains.
Rencontre passionnante dans un café de Casablanca.
LES ORIGINES
“En tant que musulman, on célèbre une fête qui s’appelle l’Aïd el-Fitr, marquant la fin du Ramadan. C’est un moment où les familles achètent des vêtements neufs pour leurs enfants.
Je me souviens très bien d’une de ces fêtes. J’avais environ 10 ans.
Je portais une tenue simple mais faite sur-mesure : une chemise blanche et un pantalon en toile bleu pétrole.
Ce jour-là, j’ai ressenti quelque chose de très fort, un sentiment que je n’ai jamais vraiment réussi à décrire.
Aujourd’hui encore, c’est exactement ce même sentiment que je retrouve à chaque fois que je crée un vêtement et que je suis pleinement satisfait du résultat.
Depuis ce jour, la seule chose qui me pousse à créer, c’est la volonté de transmettre cette sensation aux autres.”
Elle s’y est installée en famille pendant le Covid, après avoir beaucoup voyagé et n’en est jamais repartie. Margherita est méditerranéenne depuis toujours. Photographe itou.
Elle a touché à la vidéo, travaillé pour Vogue, mais c’est en 2017, qu’elle touche ce qui deviendra son médium de création par excellence : la darkroom, la pièce de développement.
le rapport humain
“Il y a deux choses essentielles pour moi : la phase de recherche et le rapport humain.
La phase de recherche est un moment très fort. C’est là où tout commence. On explore la matière, les images, les tissus, les formes, les histoires. C’est une phase d’essai, d’expérimentation, où naît la joie de créer.
Mais ce qui me marque le plus, c’est le rapport humain.
Je me rappelle d’une cliente, une artiste plasticienne. Lorsqu’elle a essayé mes vêtements, elle s’est mise à pleurer. Elle m’a dit que je l’avais réconciliée avec sa féminité. Elle m’a même confié : “Your clothes make me feel better than the most sex I’ve had in my life.”
D’autres femmes arrivent parfois dans des états difficiles, presque en dépression. Et après les essayages, elles repartent apaisées, transformées.
C’est ça qui me touche profondément.”
Au Maroc, ce sont les artisans qui m’inspirent le plus.
La mode marocaine est en mouvement constant. Il y a une vraie énergie, des designers qui s’expriment, des démarches intéressantes.
Mais on est encore loin d’une véritable structuration de l’industrie. Tant que cet écosystème n’est pas construit, il sera difficile d’imaginer une Fashion Week solide et durable.”
UN SENTIMENT
DE LIBERTE
On me dit souvent qu’on a l’impression de ne rien porter. Qu’il y a une forme de liberté — comme une sensation de nudité, tout en étant habillé.
On me dit aussi que mes vêtements ne prennent sens qu’une fois portés. Qu’ils ne peuvent pas passer inaperçus.
Je pense que ce que je cherche à transmettre, c’est avant tout de la confiance en soi.
Une manière de valoriser la morphologie, de révéler le corps sans le contraindre.
Et au-delà de ça, il y a toute une dimension plus intellectuelle et historique, que chaque pièce porte en elle.”
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