la nostalge heureuse
DE JOSEPHINE VALLE FRANCESCHI
Et si les agaves en fleurs devenaient le prétexte à un lumineux tour méditerranéen? C’est l’histoire derrière le projet éponyme de la photographe marseillaise Victoire Eouzan.
Photos : Victoire Ezouan et Elodie Victorero
Textes : Aymeric Cattenoz
Sainte Hélène
2019
LES FLEURAISONS
UNIQUES
Il y a parfois des signes qui ne trompent pas. Sur le site de la jeune photographe d’origine corse, Joséphine Vallé-Franceschi, son propre nom est presque effacé, écrit à aquarelle. Comme un souvenir tout juste présent, peut-être déjà en voyage.
Un peu plus bas, il y a cette photo, qui sonne comme une porte d’entrée dans l’univers de Joséphine. Une plage inconnue, à coup sur méditerranéenne, y dialogue avec des instantanés évanescents, emportés par le grain de la pellicule et le soleil qui déjà quitte la journée, au milieu de ces gens, des familles qui, tout à leur vie quotidienne, ne songent pas aux souvenirs qu’ils sont en train de faire naitre.
LJoséphine écoute, toujours. Comme si les regards sur son travail étaient l’occasion d’ajouter une touche imprévue à son travail. Elle a d’abord navigué dans le milieu du cinéma, à lire des projets et des scenarii pour le CNC : “cela m’a donné le goût de la narration”. Elle a toujours eu un appareil photo entre les mains. Son père était photographe, on regardait beaucoup de films en famille, ses sœurs sont artistes. “Mais moi, j’étais l’élève consciencieuse! Celle qui se dirigeait vers des études sérieuses”.
Auprès de son père, elle ne développe pas sa technique, mais son œil. Son œil à elle. Un regard qui raconte ce qui est, ce qui a été. Celui qui permet de convoquer un moment.
La photographie est formidable. Joséphine sourit et vous fixe de ses yeux noirs méditerranéens.
“Etre artiste, c’est aussi oser déplaire. Tout cela est sans doute né le jour où j’ai choisi de m’affranchir du regard des autres, des attentes que l’on pouvait avoir de moi. Marcher sur un petit chemin qui longerait les rives du Cap Corse, où elle a grandit. Qui la mène près de cette usine abandonnée où elle a réalisé son premier court-métrage, magnifiquement onirique. Une vague qui la mène dans ce palais napolitain où elle rencontrera ce Monsieur. Kaplan,merveilleusement absent, qui lui inspirera son projet éponyme en Italie.
Au fil des projets, Joséphine créée sa propre écriture photographique, lumineuse, déroutante et vertigineuse : la superposition.
ODE
A LA SUPERPOSITION
Edmée la belle endormie
2021
“Tout se joue lors de la prise de vue. Enfin, des prises de vue”. La jeune photographe, aux longs cheveux couleur de jais, garde toujours à l’épaule, ou au fond de son sac, un appareil analogique. Elle enclenche une première fois l’appareil. Puis. L’attente. L’oubli, parfois. Jusqu’à cette seconde image pour laquelle, seulement, elle finira d’enclencher la pellicule. Joséphine confie “C’est un subtile mélange de maitrise et de surprise”. Saurait-elle seulement choisir? “Tout l’enjeu réside dans le souvenir que l’on a de la photo initiale”. Les deux clichés entament alors une conversation, parfois comme sur un fil suspendu. Hasard des ricochets qui dialoguent en fonction des lumières, des lieux, des ambiances, des personnes. Ici le bleu de la mer et le reflet des iles pontines. Là, la garigue et la lecture sous un après-midi brulant d’été. Ses portraits zèbrent l’ambiance d’été de la chambre d’une amie, de persiennes observant d’un œil discret les moments qui habitent déjà la pellicule.
@élodie victorero
NOSTALGIE
HEUREUSE
Et si, à travers ce mouvement technique, cet arrêt en suspens, c’était une histoire de la nostalgie qui se chantait dans chaque cliché? Découverts lors du développement, ces lieux, ces personnes naviguent dans un musée intérieur propre à chacun. “Sur mes clichés, on ne peut pas déceler l’heure, ni le moment de la journée”, glisse Joséphine. Tout autant un souvenir flou, gonflé par le temps qui passé, qu’un imaginaire éprouvé par l’art, les films, les histoires que l’on a tant entendues.
Sur l’une de ces photographies, la montagne plonge à la mer. A ses flancs, les maisons en pierre regardent dans les yeux le soleil qui court se cacher derrière une colline ou un rocher. Des feuilles d’olivier, apparaissent au milieu des vagues qui s’en vont très loin. L’on se demande s’il faut découvrir cette image, encore et encore, pour la comprendre totalement. Ou s’enivrer de cette toute première impression, encore indomptée qui parle de Méditerranée, d’enfance heureuse et d’histoires que l’on a pas connu.
La nostalgie a cela de bon qu’elle nous parle comme on le souhaite. Comme une lueur qui croise ses sœurs une fin d’après-midi au Cap Corse.
Immortelle Acqua - 2021
La Baigneuse
2018
A la porte du palais
2022